Il y a quelques mois, Le Monde publiait un article dont le titre était « A Harvard, mieux vaut être riche, blanc et sportif », source à l’appui.

Mais quand on lit réellement l’étude citée, on comprend que le titre est légèrement malhonnête… Je réponds donc ici à cet article.

Rappelons d’abord ce que dit l’étude que cite Le Monde : “Elle montre que 43 % des recrutés blancs tombent dans une des quatre catégories qui bénéficient d’un examen allégé du dossier de candidature : les sportifs de haut niveau, les enfants d’employés de Harvard, les enfants ou autres parents d’anciens, et ceux signalés par le doyen (typiquement parce que leurs parents sont donateurs de l’université). Mais parmi les Afro-Américains et Américains d’origine asiatique et hispanique, seuls 16 % figurent dans ces catégories favorisées.”

Ces chiffres sont exacts, et on peut les retrouver dans l’étude en question via cet URL : http://public.econ.duke.edu/~psarcidi/legacyathlete.pdf

Mais l’étude contient une autre information qui, elle, est beaucoup moins mise en avant : l’avantage bien plus significatif conféré par la race de certains candidats !

En effet, ce tableau étudie la proportion d’admis par race avec le système actuel (ligne 1), puis en éliminant l’avantage “enfants d’anciens” (ligne 2) ou “sportifs de haut niveau” (ligne 3) : dans ces cas-là les proportions de Blancs diminuent légèrement au profit des autres.

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Tableau issu du rapport sur le nombre d’admis par race selon le système actuel, puis selon d’autres critères

Mais en quatrième ligne on élimine les deux avantages des lignes 2 et 3 ainsi que l’avantage racial et on constate que c’est une toute autre affaire :

  • les Asiatiques sont alors bien plus nombreux
  • les Blancs à peine plus
  • les Hispaniques 2 fois moins
  • et les Africains 3 fois moins!

Les auteurs l’admettent eux-mêmes dans une note de bas de page que je traduis ici :

“Il est clair que les avantages que les Afro-Américains et les Hispaniques reçoivent surpassent les pertes qu’ils subissent en raison des préférences pour les enfants d’anciens élèves et pour les athlètes”

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A partir, des mêmes données, on peut également tirer des informations d’un autre document publié par Peter Arcidiacono, professeur à Duke. On peut la trouver en suivant le lien suivant : https://fairmodel.econ.yale.edu/ec438/arci2.pdf

Ainsi, on peut voir que si Harvard n’admettait que les 10% d’élèves ayant les meilleurs résultats (purement académiques), la distribution raciale serait changée :

  • le pourcentage d’Asiatiques augmenterait significativement, de 25% à 52%
  • le pourcentage de Blancs baisserait légèrement de 37,6% à 35,5%
  • le pourcentage d’Hispaniques chuterait de 15% à 2,7%
  • le pourcentage d’Afro-Américains chuterait de 16% à 0,9%
Tableau issu de l’étude de Peter Arcidiocano, professeur à Duke

Comme souvent les médias, à l’instar du Monde, publient un article tendant à faire croire que toutes les minorités raciales sont discriminées face à l’homme blanc pour l’admission à Harvard. En réalité, quand on regarde en détail les chiffres, c’est plutôt l’inverse (sauf pour les Asiatiques).

En effet, le léger avantage qu’ont les Blancs sur les admissions “particulières” est très nettement inférieur à l’avantage considérable qui est conféré aux Afro-Américains et aux Hispaniques, simplement par leur appartenance raciale!

Conclusion : Est-il vrai que « A Harvard, mieux vaut être riche, blanc et sportif » ?

NON !

A Harvard mieux vaut être noir que riche, blanc ou sportif…

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